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Carnet de notes de Rosalind Fawley   Sam 5 Mai - 1:02

CARNET DE NOTES
de Rosalind Fawley



5 Février 2006, Londres
J'ai donné les lettres. Le réceptionniste m'a assurée que des hiboux s'envoleraient avec elles, dans l'heure... Pansy, Drago, Blaise.

C'est incroyable, je me sens si... bête, en un sens.
Revenir. Après tout ce temps. Et aucun mot de ma part, ça, Parkinson ne l'avalera pas facilement. Drago non plus. Enfin, s'ils n'ont pas changé. Et s'ils me répondent.

Et moi je suis là, de retour au pays, dans une chambre d'hôtel passable, et j'ai l'impression d'avoir de nouveau dix-sept ans. Et que rien, ou si peu, n'a changé.



6 Février 2006, Londres

Ma tendre,
ma très chère Grand-Mère,

Me voilà si proche de toi! Je suis à Londres, arrivée tout à l'heure par le train. Tu me pressais depuis si longtemps de venir te voir, je te demande pardon d'avoir mis tant de temps, mais très vite je serai chez toi. Je ne compte pas repartir en Italie, ni ailleurs. Pas tout de suite du moins.

Tu me manques tellement, tu m'as tellement manquée. J'ai été si égoïste, je sais. Mais je vais tellement te choyer maintenant que ce sera comme si on ne s'était pas quitté, tu verras. Je t'ai rapporté quelques plants de Naples, j'espère qu'il te restera un peu de place pour eux dans la serre. Et aussi des livres en Italien! Bien sûr, je sais que tu peux t'en procurer facilement d'ici, mais ce n'est quand même pas la même chose, non?

Laisse moi quelques jours, le temps de régler mes affaires à Londres, de trouver un appartement ici et je viens te rejoindre. J'ai si hâte de te voir!

Bacci,

Rosa




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Re: Carnet de notes de Rosalind Fawley   Dim 26 Aoû - 18:03


13 Avril 2006, Londres
J'ai laissé de côté mes recherches aujourd'hui. Besoin d'une pause, j'ai pris tellement de notes et échafaudé de théories que je n'y vois plus clair depuis quelques jours. J'ai repris "Oblio", et traduit le premier chapitre. Peut-être que ça pourra intéresser un éditeur anglais? Il faudra que je retrouve les critiques qui étaient sorties aussi. Elles n'étaient pas dithyrambiques, mais plutôt encourageantes. Je crois qu'elles sont dans un classeur, quelque part.

Cela m'a fait drôle de relire le début. J'ai vu tous les défauts et j'ai pu corriger quelques maladresses. Et cela m'a rappelée Lucciano qui m'aidait quand je butais sur un mot en italien. Nous ne nous sommes pas écrit. J'espère qu'il va bien.



OBLIO
1. Saint-Marc
Rosalind Fawley
Chapitre 1.
Saint-Marc



Le soleil de trois heures écrasait les dalles lisses de la place Saint-Marc. Dans les rues de Venise régnait un calme dense et pesant. La veille au soir, la ville entière était allée au bout d'une de ses estivales folies. La Sagra del Redentore, s'était achevée en apothéose, dans une débauche de musiques, de danses et de boisson.

Sur le sol de la place gisaient les multiples reliefs de cette frénésie. Cotillons, lambeaux de banderoles, fanions écharpés, masques jetés là, ou bien arrachés puis délaissés, oubliés en même temps que la honte. Des restes de nourriture écrasée, renversée. Et les tâches vermeils du vin qui avait débordé des coupes et qui constellait désormais le dallage noir et blanc.

Une vaste nature morte. Une image de la déchéance et de l'excès qui abîme. Un portrait de Venise.

Ce jour-là, la plupart des habitants étaient restés chez eux, hébétés de la fête qui avait battu son plein jusqu'aux petites heures du jour. Les uns cuvaient l'alcool, les autres cuvaient l'amour. Et puis la journée était chaude, trop chaude pour songer sérieusement à s'agiter, à reprendre de suite le train-train quotidien. Tacitement, les Vénitiens s'étaient donc accordés pour rester à l'ombre de leurs demeures, modestes ou somptueuses, au moins le temps de cet après-midi de juillet.

Seule agitation rompant la quiétude moite de la ville: un groupe d'enfants traversant en courant la place Saint-Marc, claquant leurs sandales de cuir sur les dalles centenaires.

Ils étaient une petite dizaine et leurs cris aigus rebondissaient contre les façades tandis qu'ils s'interpellaient. Leur jeu était universel: se lancer à la poursuite des pigeons qui peuplaient la place, les voir s'envoler en un sonore bruissement d'ailes, les laisser se reposer quelques mètres plus loin et repartir à l'assaut avec des rugissements de sauvages.

C'était des enfants du peuple, à l'orée de l'adolescence. Fils de tisserands, filles de pêcheurs... Et parmi eux se trouvait Vittoria.

Brune, la peau presque aussi mate que celle d'une métisse, mais les yeux clairs comme les toutes jeunes feuilles des vignes toscanes. Les lèvres pleines, et déjà, à quinze ans, le corps délié et souple des femmes de sa famille.

Vittoria da Trequenda. Fille cadette de Patrizio da Trequenda, Maître des Alchimistes de Venise. Petite aristocrate qui s'élançait en hurlant à la poursuite de pauvres volatiles stupides mais innocents.





Non loin de là, sous les arcades, à la terrasse du Caffè Florian, Ezio Santinoni observait d'un œil morne le ballet répétitif donné par les enfants et les pigeons.

Aux alentours de treize heures ce jour-là, Ezio s'était traîné à grand peine hors de sa chambre étudiante, accusant avec douleur le contre-coup des excès de sa folle nuit. Il avait traîné mollement ses pieds jusqu'à la place, rasant les murs, évitant du mieux possible les attouchements d'un soleil brutal qui intensifiait ses maux de tête.

Chez Florian, il avait retrouvé deux de ses amis, tout aussi nauséeux que lui et, comme eux, il s'était affalé sur une des chaises de la terrasse ombragée.

Au début, ils avaient discuté, la bouche pâteuse, le regard embrumé, mais avec bonne humeur. Chacun se vanta de ses exploits de la veille, énumérant les filles qu'il avait séduites et laquelle l'avait suivi jusque dans son lit. Ezio prétendit avoir fait la conquête de la belle Manuella, la fille du Troisième Conseiller; il raconta combien la peau de la jeune femme était veloutée, et comment elle avait crié quand il l'avait prise. C'était un mensonge plaisant, et plus il y ajoutait de détails, plus il avait envie d'y croire. Que ça soit vrai ou pas leur importait peu, seul le piquant de leurs histoires comptait. Du reste, tous trois avaient menti: les brumes de l'alcool avaient rendu les souvenirs de leur soirée flous et intangible. En réalité, quand la fête s'était achevée et que les jeunes hommes avaient enfin retrouvé leurs lits respectifs, ils auraient été bien incapables de remuer le petit doigt. Encore moins de faire l'amour à une femme. Mais ce n'était pas grave. Il y aurait d'autres fêtes, d'autres nuits, d'autres filles... et de véritables histoires d'alcôves à rapporter cette fois. Ils ne faisaient que prendre un peu d'avance sur la vérité.

Ils n'avaient que dix-neuf ans après tout, et même s'ils n'étaient plus vierges, l'amour restait un langage mystérieux qu'ils connaissaient mal. Tous trois étaient étudiants en commerce, héritiers de familles marchandes et comptaient parmi les plus beaux garçons de Venise. Vautrés avec nonchalance à la table du café, malgré leur teint cireux et leurs cheveux mal peignés, l'éclat de leur jeunesse leur conférait une beauté arrogante et presque douloureuse.

Leur conversation s'était tarie et les jeunes Vénitiens s'étaient laissés glisser dans un silence confortable. Genno avait étendu ses jambes, jeté sa tête en arrière et fermé les yeux. Michel, le menton écrasé dans sa main, traçait des symboles avec des grains de sucre. Ezio, lui, avait croisé ses bras sur la table, reposant sa tête sur ce coussin improvisé, et contemplait la place avec indifférence par dessous ses paupières mi-closes.

Le jeune Santinoni sentait le sommeil le gagner. Ses pensées se teintaient inexorablement de la couleur des rêves quand il se redressa brusquement, sa somnolence brisée par une volée de pigeons qui venaient juste de survoler la table, au ras de sa joue. Dans sa surprise, il heurta sa tasse à café vide qui tomba sur le sol et s'y fracassa. Avec un grognement, il se pencha pour ramasser les morceaux de porcelaine brisée et tourna la tête en direction de la place.

C'est alors qu'il la vit. Les autres enfants avaient repris leur course, détalant en riant de l'autre côté de Saint-Marc, mais elle était restée. Elle se tenait droite, à quelques mètres de lui, haletante et transpirante. Sa natte s'était défaite et retombait sur sa poitrine. Mais Ezio ne vit que ses yeux verts qui le fixaient avec intensité. Ce regard qu'il ne savait déchiffrer le troubla, et il ne se rendit pas compte qu'il serrait un peu trop fort le morceau de tasse qu'il avait en main, et il s'y coupa. Il poussa une exclamation et lâcha le bris de porcelaine pour porter son pouce ensanglanté à sa bouche. Genno ricana. Ses deux compagnons s'étaient aussi extirpés de leur torpeur et regardaient la jeune fille avec curiosité.

Elle resta immobile sous leur regard quelques secondes avant de porter la main à son cou, et elle les salua à la mode des Sorciers de Venise. Le poing fermé et le pouce posé sur la naissance du cou, là où la gorge forme un creux. Un salut autant qu'un signe de reconnaissance, afin de se distinguer des Moldus. Silencieux, les trois étudiants lui rendirent son salut. Pour finir, l'adolescente humecta ses lèvres et Ezio sentit son estomac se serrer. Elle lui jeta un dernier regard avant de se détourner prestement et de repartir en courant pour rejoindre ses camarades de jeu.

Ezio la suivit du regard et Genno lui claqua une grande tape dans le dos.

- Tu as déjà oublié Manuella, Santinoni? Tu préfères les gamines maintenant?

Ezio haussa les épaules, et finit de ramasser les morceaux de tasse sans répondre à la provocation de son ami.

- Je me demande ce que Trequendo dirait s'il savait à quoi sa fille passe ses après-midis... lâcha Michel en baillant.




Ce soir-là, couché sur ses draps froissés, Ezio contemplait l'entaille rouge et profonde qui marquait la chair de son pouce. Il était épuisé mais le sommeil ne venait pas. Les yeux fermés, il ne parvenait à chasser l'image de ces prunelles vertes, et d'autres images encore qui le maintinrent en éveil toute la nuit.
Codage par Rosalind Fawley


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